Improv Bible
Parcours

Six séances de fondations

6 séances · 90 min · Débutant

Un premier trimestre pour des gens qui n'ont jamais improvisé. On achète la sécurité avant la technique : les deux premières séances servent à oser être vu, et à rien d'autre. Vouloir aller plus vite est l'erreur la plus fréquente des formateurs débutants.

Une copie est faite. La modifier plus tard ne change rien ici — et nous ne modifierons jamais ton cours dans ton dos.

Survole un jeu pour lire ce que c'est et comment le mener — sans ouvrir un seul onglet.

Séance 1

Oser être vu

90 min

Aucune technique ce soir. Seulement jouer, et rater ensemble.

  • 10 minZip Zap ZopÉchauffement · Débutant · 6+

    En cercle. Un joueur envoie l'énergie à quelqu'un d'un claquement net, doigt pointé, en disant « Zip ». Cette personne la transmet avec « Zap », la suivante avec « Zop », puis on revient à « Zip » — toujours dans cet ordre. L'énergie tourne, de plus en plus vite. C'est le premier échauffement, et ce n'est pas un hasard : il ne demande que du regard, un geste clair et le culot de s'engager à voix haute. Personne n'a besoin d'être drôle — juste d'être là et réveillé.

    💡 L'engagement prime sur la vitesse. Un « Zip » lent et net, avec un vrai regard, vaut mieux qu'un marmonnement rapide — travaillez le volume et la clarté avant le rythme. Quand quelqu'un se trompe d'ordre, on continue. Le but est la présence, pas la perfection. Ajoutez des règles une fois que ça coule : inverser le sens, ou un « Boing » qui renvoie l'énergie à l'expéditeur.

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  • 10 minBunny BunnyÉchauffement · Débutant · 8+

    Un joueur fait les mains de « lapin » (pattes en l'air, dents en avant) et scande « bunny bunny bunny » droit sur un voisin, tandis que les deux joueurs de chaque côté agitent les mains comme des oreilles. La cible devient aussitôt le lapin et l'envoie à quelqu'un d'autre, à travers le cercle. Ça ne s'arrête jamais. Rapide, très bête, aucune réflexion permise — et c'est précisément pour ça que ça marche. On court-circuite la partie du cerveau qui veut rester classe, et le groupe devient fort, physique et rieur avant tout vrai travail.

    💡 La vitesse est le remède. Plus ça va vite, moins on a le temps de se sentir ridicule — poussez le rythme une fois le motif acquis. Les trois rôles doivent être pleins : le lapin ET les deux oreilles. Des oreilles molles, c'est là que l'énergie fuit. Continuez de passer à de nouvelles personnes, pas d'aller-retour entre deux — invitez à répartir sur tout le cercle.

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  • 20 minOui, allons-y !Échauffement · Débutant · 6+

    N'importe qui lance une idée — « Allons tous peindre une barrière ! » Tout le groupe hurle « OUI, ALLONS-Y ! » et le fait, à fond, ensemble, jusqu'à ce qu'un autre propose une nouvelle activité — « Soyons tous des mouettes ! » — et chacun s'y engage. Aucune idée n'est refusée, jamais. C'est l'exercice de « oui, et » le plus pur qui soit, réduit à l'essentiel : accepter chaque offre et y mettre tout son corps. On ressent, physiquement, à quel point il est bon d'être approuvé — et on emporte cette générosité droit dans ses scènes.

    💡 Le « OUI, ALLONS-Y ! » doit être fort et unanime. Un oui marmonné enseigne l'inverse de la leçon — exigez un accord à pleine voix. Faites l'activité pour de vrai. Mimer à moitié en attendant l'idée suivante, c'est là que l'engagement meurt. Encouragez aussi les plus discrets à lancer des idées. Chacun doit ressentir la vague de toute la salle qui lui dit oui.

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  • 20 minBalle sonoreÉchauffement · Débutant · 6+

    On se lance une balle imaginaire à travers le cercle. En lançant, tu fais un son — celui qui l'attrape le reçoit avec tout son corps, puis invente un nouveau son en le relançant. La balle n'est jamais muette et jamais lâchée. Elle fait deux choses à la fois : elle réveille la voix et travaille le vrai donner-recevoir. Attraper le son pleinement — sa taille, son poids — est un exercice d'écoute déguisé, et il prépare la liberté vocale dont les scènes ont besoin.

    💡 Attrapez avant de lancer. Il faut recevoir exactement le son envoyé avant d'en créer un nouveau — cette réception est tout l'enjeu. Engagez le corps dans le son. Un grand son demande un grand lancer. Luttez contre les offres polies et petites. Approfondissez en changeant la balle : lourde, minuscule, brûlante. La physicalité de l'objet fait sortir des sons plus riches.

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  • 20 minJeu libre : n'importe quoi, pourvu que ce soit bête
  • 10 minCercle de fin : un mot chacun

💡 Si personne n'a ri jaune et que personne n'a eu peur, la soirée est réussie.

Séance 2

Oui, et…

90 min

Accepter, puis ajouter. Rien d'autre.

  • 10 minPasse le clapÉchauffement · Débutant · 6+

    En cercle, on passe un unique claquement en claquant à l'unisson avec son voisin — vous frappez tous les deux au même instant, puis il se tourne vers son autre voisin et transmet. Le clap fait le tour, et tout le jeu tient dans ce temps partagé qu'il faut réussir ensemble. Ça paraît trivial, ça ne l'est pas. On y travaille le regard à la fraction de seconde et le timing commun sur lesquels repose toute scène. Un groupe qui passe un clap proprement est un groupe qui a commencé à s'écouter.

    💡 Les deux claps doivent faire un seul son. Si on en entend deux, ils ne se regardaient pas — ralentissez jusqu'à ce que le clap soit unique. Le regard est tout le mécanisme. Demandez de se tourner entièrement vers son partenaire avant de claquer, pas après. Une fois propre, ouvrez le jeu : inverser sur un clap raté, ou l'envoyer à n'importe qui à travers le cercle.

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  • 20 minLe cercle du oui-etExercice · Débutant · 4+

    En duos ou en cercle, on bâtit un projet commun réplique par réplique, chaque phrase commençant par « Oui, et… » : « Organisons une fête. » « Oui, et on invite toute la rue. » « Oui, et on engage une fanfare. » Puis on rejoue le même projet en « Oui, mais… » et on le sent se flétrir. Le contraste est la leçon. C'est l'exercice le plus direct du réflexe fondamental : accepter l'offre, puis y ajouter. On sent dans son corps comme le « et » crée l'élan et le « mais » l'étrangle — et on emporte cette différence ressentie dans chaque scène, où le blocage est presque toujours un « oui, mais » déguisé.

    💡 Jouez aussi la version « oui, mais » — l'échec est le professeur. Sentir le projet s'effondrer démontre mieux que toute explication. Le « et » doit vraiment ajouter, pas seulement approuver. « Oui, et c'est bien » bloque — visez une vraie offre neuve à chaque réplique. Gardez ça vif et léger. C'est un réveil de réflexe, pas une scène — le rythme empêche de trop réfléchir.

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  • 20 minLe cadeauExercice · Débutant · 2

    Les duos échangent des cadeaux imaginaires. Celui qui offre mime la remise d'une boîte emballée — celui qui reçoit l'ouvre et définit ce que c'est — « Un chiot ! Tu y as pensé ! » — et l'offreur justifie aussitôt le choix comme s'il l'avait prévu depuis le début. On échange les rôles et on recommence, en gardant des objets précis et des réactions chaleureuses. Deux compétences à la fois : l'endowment (le receveur nomme le cadeau, une offre audacieuse) et l'acceptation joyeuse (l'offreur dit oui à ce qu'on lui donne). On apprend à s'offrir des cadeaux sur scène — à préparer le partenaire à briller — et ça bâtit discrètement le travail d'objet et la générosité qui font prospérer les ensembles.

    💡 Le receveur nomme le cadeau, alors rendez-le précis et surprenant. « Un truc » est une offre gâchée — visez des endowments francs et précis. L'offreur justifie avec ravissement, ne nie jamais. « Pourquoi je t'offrirais ça ? » bloque le cadeau — enseignez l'acceptation immédiate et généreuse. Manipulez les objets avec un vrai travail d'espace. Un cadeau qui a poids, taille et texture travaille la permanence de l'objet en plus de l'endowment.

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  • 20 minLes scènes en trois répliquesExercice · Débutant · 2

    Des duos éclair. Le joueur A amorce, B répond, A répond encore — et la scène est finie. Duo suivant, on y va. En trois répliques, il faut établir qui l'on est l'un pour l'autre, où l'on est, et ce qui se passe, puis noir. On en enchaîne des dizaines. On y travaille l'amorce forte et la capacité à poser une scène vite — la compétence qui bat les mortelles « quatre-vingt-dix premières secondes floues ». Comme il n'y a pas le temps de découvrir lentement, on apprend à faire une offre franche et précise d'emblée et à donner au partenaire de quoi jouer. Le meilleur remède aux ouvertures faibles et vagabondes, et les répétitions en font un instinct.

    💡 La première réplique doit travailler — une relation, une émotion, un lieu. Luttez contre « Salut. » « Salut. » — une amorce forte est tout l'exercice. Trois répliques puis noir, strictement. La contrainte force l'audace — ne laissez pas filer les scènes, la pression est le but. La quantité bâtit l'instinct. Enchaînez beaucoup de duos vite — le but est que des ouvertures fortes et précises deviennent automatiques, pas laborieuses.

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  • 20 minCercle de débrief

💡 Coache l'acceptation, jamais l'astuce. La réponse évidente est la bonne.

Séance 3

Qui, quoi, où

90 min

Une scène devient claire en dix secondes.

  • 10 minWhoosh Bang PowÉchauffement · Débutant · 8+

    Un cercle d'énergie à trois commandes. « Whoosh » passe l'énergie au voisin. « Bang » la bloque et la renvoie dans l'autre sens. « Pow » l'envoie à travers le cercle, à n'importe qui. Le groupe garde l'énergie vivante et en mouvement, en réagissant instantanément à ce qui arrive. C'est Zip Zap Zop avec des choix : il faut décider, vite, et rester prêt à recevoir de n'importe quelle direction. Un excellent réveil qui aiguise la réaction et garde tout le monde dans le jeu.

    💡 Grosse voix, grand geste. Un « Bang » mou ne passe pas — engagez tout le corps dans chaque commande. Personne n'est jamais à l'abri : un « Pow » peut tomber sur n'importe qui, donc chacun reste en alerte. Cette vigilance est le vrai exercice. Laissez le groupe inventer des commandes une fois la base acquise. S'approprier le jeu pousse à s'engager davantage.

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  • 20 minConstruire le lieuExercice · Débutant · 4+

    Un joueur entre sur un plateau vide et utilise un seul objet avec un plein détail — une tasse précise sur une étagère précise. Chaque nouveau joueur ajoute un autre objet, en respectant tout ce qui est déjà posé, jusqu'à ce qu'un espace entier existe dans l'air. Puis le groupe joue une courte scène dedans, en honorant chaque objet établi. On y bâtit le travail d'espace-objet et la mémoire spatiale partagée — le décor invisible que la plupart des improvisateurs négligent. On apprend à rendre les objets réels et constants, à se rappeler où sont la porte et l'évier, et à laisser l'environnement nourrir la scène. Un groupe qui sait bâtir et tenir un espace ensemble paraît aussitôt plus habile et ancré.

    💡 Le détail plutôt que la quantité. Une tasse avec poids, température et emplacement précis vaut dix gestes flous — visez la précision. Respectez ce qui est posé. Si la porte est côté cour, elle y reste — enseignez la mémoire spatiale partagée, tout l'enjeu de l'exercice. Laissez l'espace nourrir la scène. Les objets établis à la construction doivent être utilisés et cités — un décor ignoré est un travail gâché.

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  • 20 minC'est mardiExercice · Intermédiaire · 2

    Un joueur lâche une réplique plate et banale — « C'est mardi », « L'eau a bouilli », « Tu portes des chaussettes ». Son partenaire réagit avec un engagement émotionnel maximal, justifiant sur-le-champ pourquoi cette trivialité compte énormément : soulagement, terreur, chagrin, joie. On échange et on recommence avec de nouvelles répliques-de-rien. On y travaille le fait de réagir plus fort que l'offre — l'antidote aux scènes plates et cérébrales où rien n'atterrit. On apprend que l'émotion n'attend pas une bonne raison, elle en crée une, et qu'une réaction forte donne au partenaire de quoi jouer. Un remède rapide et drôle pour l'improvisateur qui reste cool et commente au lieu de ressentir.

    💡 Réagir d'abord, justifier ensuite. Engagez-vous dans l'émotion instantanément, puis laissez la raison rattraper — attendre la logique tue tout. Plus grand que raisonnable. Le but est de sur-jouer — une réplique plate accueillie par un vrai chagrin est tout l'exercice, alors dépassez le poli. Celui qui lance reste pince-sans-rire. Une banalité dite platement donne au réacteur le plus à jouer — évitez de rendre l'amorce drôle.

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  • 25 minLes scènes en trois répliquesExercice · Débutant · 2

    Des duos éclair. Le joueur A amorce, B répond, A répond encore — et la scène est finie. Duo suivant, on y va. En trois répliques, il faut établir qui l'on est l'un pour l'autre, où l'on est, et ce qui se passe, puis noir. On en enchaîne des dizaines. On y travaille l'amorce forte et la capacité à poser une scène vite — la compétence qui bat les mortelles « quatre-vingt-dix premières secondes floues ». Comme il n'y a pas le temps de découvrir lentement, on apprend à faire une offre franche et précise d'emblée et à donner au partenaire de quoi jouer. Le meilleur remède aux ouvertures faibles et vagabondes, et les répétitions en font un instinct.

    💡 La première réplique doit travailler — une relation, une émotion, un lieu. Luttez contre « Salut. » « Salut. » — une amorce forte est tout l'exercice. Trois répliques puis noir, strictement. La contrainte force l'audace — ne laissez pas filer les scènes, la pression est le but. La quantité bâtit l'instinct. Enchaînez beaucoup de duos vite — le but est que des ouvertures fortes et précises deviennent automatiques, pas laborieuses.

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  • 15 minCercle de débrief

💡 Interdis les questions pendant une heure et regarde les scènes prendre vie.

Séance 4

L'écoute

90 min

Jouer ce qui vient d'arriver, pas ce qu'on avait préparé.

  • 10 minCompter à 21Échauffement · Intermédiaire · 6+

    Le groupe compte jusqu'à vingt et un, un nombre par personne, sans ordre fixe et sans signal — pas de hochement, pas de regard, pas de tour de cercle. Si deux personnes disent un nombre en même temps, tout le groupe repart de un. Yeux baissés ou fermés, c'est plus dur et plus pur. Aucune astuce, seulement de l'attention. On y apprend à se sentir sans se regarder — la conscience partagée qui permet à une équipe de couper une scène, de démarrer ensemble et de finir ensemble. C'est calme, humble, et ça unit une salle très vite.

    💡 Interdisez tout système. Compter dans l'ordre ou se faire des signes ruine l'exercice — exigez une vraie écoute, pas des combines. Repartir de zéro n'est pas un échec, c'est une répétition. Gardez une ambiance calme et patiente — la frustration pousse à précipiter et à se télescoper davantage. Le silence entre les nombres est bon. Apprenez au groupe à attendre sereinement plutôt qu'à combler le vide nerveusement.

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  • 20 minLe miroirExercice · Débutant · 2

    Les duos se font face. L'un mène un mouvement lent et continu — l'autre le reflète si précisément qu'un œil extérieur ne saurait dire qui mène. On change de meneur, puis on dissout le rôle pour que le duo bouge comme un seul corps, sans source. Silence et lenteur du début à la fin. C'est un exercice de connexion fondamental. Il force à donner à son partenaire une attention totale et à bouger à un rythme partagé et posé — l'inverse de la vitesse paniquée qui ravage les scènes. Il bâtit l'écoute physique et l'accord non verbal qui sous-tendent le cerveau collectif, et il apaise et concentre visiblement une salle en quelques minutes.

    💡 La lenteur est tout l'enjeu. Un mouvement rapide est impossible à refléter — que le meneur bouge assez lentement pour que le suiveur ne décroche jamais. Pas d'astuce ni de piège. Le but est l'unité, pas de coincer son partenaire — enseignez un pilotage généreux et suivable. Visez l'instant où le meneur disparaît. Quand un observateur ne peut plus dire qui mène, le duo a trouvé la vraie connexion — nommez-le quand ça arrive.

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  • 20 minLe dernier motExercice · Intermédiaire · 2

    Chaque réplique doit commencer par le dernier mot de la réplique précédente du partenaire. « Je ne trouve pas mes clés. » « Clés qu'on égare toujours en premier. » « Premier est un bien grand mot… » C'est maladroit au début, puis ça force à entendre son partenaire jusqu'au tout dernier mot de sa phrase avant même de pouvoir commencer. C'est un exercice d'écoute déguisé en jeu de mots. Comme on ne peut pas préparer son amorce — elle dépend d'un mot pas encore entendu — on est contraint de rester présent et de recevoir vraiment la réplique entière. Il guérit l'habitude très répandue de préparer sa réponse pendant que le partenaire parle encore, d'où vient la plupart des mauvaises écoutes en scène.

    💡 La contrainte sert l'écoute, alors protégez-la : le premier mot doit vraiment être le dernier du partenaire — pas de réplique préparée en douce. Gardez la scène vraie dessous. Faites-en une vraie conversation, pas une chaîne mécanique de mots — l'histoire d'abord, la règle ensuite. Attendez du maladroit au début, laissez-le se lisser. La gêne, c'est le muscle d'écoute qui travaille — ne le sauvez pas, laissez les joueurs s'ajuster.

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  • 25 minLa scène muetteExercice · Intermédiaire · 2

    Deux joueurs jouent une scène de relation complète sans aucun dialogue — pas de mots, pas de charabia, juste les corps, les visages et l'action dans un vrai environnement. Qui sont-ils l'un pour l'autre ? Que veulent-ils ? Qu'est-ce qui change entre le début et la fin ? Ensuite, on débriefe ce que le public a réellement lu. Ça prouve à quel point peu d'une scène vit dans les mots. Contraints au silence, on découvre que la relation, le statut, le désir et le changement sont portés par la physicalité et la réaction — et qu'une scène muette claire est plus forte qu'une scène bavarde et floue. Ça guérit la dépendance au verbe et bâtit l'instinct du « montrer plutôt que dire » qui rend même les scènes bavardes plus claires.

    💡 La physicalité porte tout, alors rendez-la précise. Visez des objets clairs, un vrai espace et des réactions fortes — le flou ne lit rien. La relation et le changement sont la cible, pas la finesse du mime. Montrez qui l'on est l'un pour l'autre et laissez quelque chose basculer. Débriefez sur ce que le public a lu. L'écart entre l'intention et ce qui a atterri est la leçon — il révèle tout ce qui se communique sans mots.

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  • 15 minCercle de débrief

💡 Ralentis tout. La vitesse est l'endroit où se cache la préparation.

Séance 5

Le personnage par le corps

90 min

Change la démarche, la voix suivra.

  • 10 minMarche Stop Saute TapeÉchauffement · Intermédiaire · 6+

    Les joueurs marchent dans l'espace et obéissent à quatre ordres : marche, stop, saute, tape. Une fois le groupe à l'aise, inversez les sens — « marche » veut dire stop et « stop » veut dire marche, « saute » veut dire tape et « tape » veut dire saute. Ajoutez et permutez les paires jusqu'à ce que les cerveaux soient joliment embrouillés. C'est à la fois une remise à zéro de la concentration et un exercice d'écoute. Le ré-étiquetage forcé sort du pilote automatique pour ramener à l'attention présente — l'état exact qu'exige une scène. Ça remplit aussi l'espace et met les corps en mouvement, sans pression de jouer.

    💡 Maîtrisez la version simple avant toute inversion. Si la base est fragile, l'inversion n'est que du bruit. Inversez une paire à la fois. Tout retourner d'un coup submerge le groupe et tue le plaisir — construisez la difficulté par couches. Les erreurs, c'est le jeu qui fonctionne. On en rit et on continue — l'embrouille est le but, pas l'exécution propre.

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  • 25 minLes démarchesExercice · Débutant · 4+

    Les joueurs marchent dans l'espace en menant avec une partie du corps à la fois — le nez, puis la poitrine, le bassin, les genoux. Chaque conduite change tout le corps, et de ce corps modifié on laisse émerger une voix, un âge, une attitude, une opinion. Puis on rencontre les autres et on bavarde pleinement en personnage. On apprend que le personnage naît dans le corps, pas dans la tête. Plutôt qu'inventer une personnalité et la coller par-dessus, on en découvre une à partir d'une impulsion physique — ce qui donne des personnages plus vrais, plus pleins, plus surprenants que « je vais être un pirate grincheux ». Ça bâtit une boîte à outils physique fiable pour trouver des gens vite sur scène.

    💡 Le corps d'abord, le personnage ensuite. Changez la démarche et laissez la voix et l'attitude suivre — ne décidez pas un personnage pour le jouer. Exagérez la conduite au début. Un décalage subtil donne peu à jouer — poussez la physicalité pour qu'une vraie personne émerge. Testez en interaction. Le bavardage en personnage révèle s'il est réel — restez dans le corps une fois qu'on commence à parler.

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  • 25 minLa soirée des statutsExercice · Intermédiaire · 6+

    Chacun tire une carte à jouer qui fixe son statut social (l'as bas, le roi haut) et circule à une fête en le jouant — sans jamais nommer de chiffre. Puis la variante : garder la carte sur le front pour voir le statut de tous sauf le sien, et se traiter en conséquence jusqu'à deviner où l'on se situe. C'est l'exercice de statut le plus clair. On apprend que le statut se joue, ne se dit pas — par le regard, l'espace, l'interruption, la façon d'offrir un verre — et qu'il est relatif, changeant selon la personne rencontrée. Le statut est le moteur caché de la plupart des scènes, et le ressentir dans le corps ici le rend utilisable partout.

    💡 Le statut est un comportement, pas une annonce. Jouez-le par le regard, la posture, l'espace — jamais en disant « je suis important ». Gardez-le relatif. La même personne est haute près d'un invité et basse près d'un autre — le statut est une négociation constante, pas une étiquette fixe. La manche du front est l'or. Être traité selon son statut avant de le connaître montre à quel point le comportement des autres nous façonne — débriefez-le.

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  • 15 minL'instant d'avantExercice · Intermédiaire · 2

    Avant d'entrer, chaque joueur décide en silence ce qui lui est arrivé dix secondes plus tôt — pas hier, dix secondes. On vient de le licencier, il vient de recevoir un message, il a couru. On entre AVEC ça, et on joue une scène ordinaire.

    💡 Neuf entrées sur dix en impro sont neutres : le joueur arrive de nulle part, disponible et vide. La scène met alors trois minutes à trouver son enjeu — celles qu'elle n'a pas.

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  • 15 minCercle de débrief

💡 Des personnages qu'on aime, jamais des personnages dont on se moque.

Séance 6

Premières scènes devant les autres

90 min

Jouer devant des amis — une scène basse et bienveillante.

  • 10 minLes Huit FousÉchauffement · Débutant · 4+

    Chacun secoue le bras droit huit fois en comptant à voix haute, puis le bras gauche huit, la jambe droite huit, la jambe gauche huit. Puis quatre de chaque, puis deux, puis un — le compte s'accélérant en rétrécissant — et ça finit sur une seule secousse et un cri du groupe. Quatre-vingt-dix secondes, aucune réflexion, tout le corps réveillé. C'est le moyen le plus rapide de faire passer un groupe de assis-fatigué à debout-prêt, et le décompte partagé et le cri final soudent tout le monde dans une même énergie avant la vraie séance.

    💡 Comptez à voix haute, ensemble — la voix à l'unisson est la moitié du réveil. Une secousse silencieuse n'est que de l'étirement. Montez le tempo à mesure que les nombres baissent. C'est cette accélération qui produit le pic d'énergie. Réussissez le cri final, en grand. Ce cri partagé est la bascule qui fait passer le groupe de l'échauffement au travail.

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  • 20 minFreezeFormat court · Débutant · 4+

    Deux joueurs improvisent une scène avec une physicalité ample et nette — on tend le bras, on se penche, on attrape. À tout moment, quelqu'un crie « Stop ! », tape un joueur pour le remplacer et reprend sa position figée à l'identique. À partir de cette même posture, il lance une scène totalement nouvelle, justifiée par les corps. Ça tourne, vite. C'est l'ouverture classique du format court, parce qu'elle travaille deux réflexes à la fois : lire une image physique et s'engager sur une idée neuve instantanément. La posture est l'offre — le jeu récompense les formes audacieuses et ceux qui sautent sans plan.

    💡 Cherchez une physicalité ample et anguleuse. Deux personnes debout qui bavardent ne donnent rien à justifier — récompensez les postures fortes et inattendues. Incitez tout le monde à taper, pas seulement les plus sûrs d'eux. Le « stop » doit venir d'une idée neuve, pas du sauvetage d'une scène qui meurt. Gardez le rythme vif. Les longues scènes tuent le principe — le plaisir est dans l'enchaînement rapide de situations radicalement différentes issues d'une même forme.

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  • 20 minLes manies de la fêteFormat court · Intermédiaire · 4

    Un hôte organise une fête. Trois invités arrivent un par un, chacun porteur d'un travers, d'une identité ou d'un état secret suggéré par le public — un invité qui se croit un phare, qui vieillit à l'envers, qui ne peut que mentir. L'hôte les accueille et, au fil de la scène, tente de deviner chaque travers, les congédiant une fois trouvé. C'est une vitrine de personnage fondée sur l'endowment. Les invités doivent jouer leur travers assez fort pour être lisibles, mais tissé dans un vrai comportement de fête, et l'hôte doit rester généreux — deviner trop vite tue le jeu, trop lent l'alourdit. Excellent pour l'engagement sur un choix fort et unique.

    💡 Demandez aux invités de montrer le travers par le comportement, pas de l'annoncer. L'invité-phare pivote et balaie de son faisceau — il ne dit pas « je suis un phare ». Le rôle de l'hôte est la générosité : réagir à chaque travers, le nourrir, et deviner au sommet de sa valeur comique, pas à la seconde où il a compris. Un invité à la fois a le focus. Apprenez aux deux autres à soutenir et alimenter, pas à se disputer la lumière.

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  • 25 minDouze minutes de scènes, devant des amis
  • 15 minFêter ça. Puis parler du trimestre suivant.

💡 Douze minutes de scènes, pas plus. Qu'ils repartent en voulant un deuxième trimestre.